Je vous écris depuis…

Comme beaucoup d’autres festivals, Paroles Indigo n’a pas pu avoir lieu cette année.
Aux premiers jours de novembre, nous nous sommes retrouvés orphelins, sans les auteurs, les artistes et les éditeurs qui depuis 7 ans nous rejoignent à Arles et Tarascon pour partager avec un public grandissant lectures, conférences, rencontres, spectacles, expositions, films, ateliers et grands repas partagés.
Le festival Paroles Indigo aurait dû avoir lieu au moment ou le second confinement a commencé et il nous a semblé important de maintenir, grâce à ces messages échangés, les liens qui se sont construits d’années en années et de partager ces textes avec les lecteurs pour que personne ne désespère de ce nouvel isolement et que chacun se souvienne de la force des mots.
Merci à tous les invités du festival qui accepteront de faire résonner à nouveau “D’autres façons de dire le monde” et de nous écrire… depuis…

Ibticem Mostfa

Je vous écris depuis Amiens, mais aussi depuis Tunis où mes pieds n’ont pu se poser depuis deux saisons et demie.
Je vous écris depuis mes deux maisons, celle d’ici et celle de l’autre côté, là où je suis née. Je vous écris sans savoir où je suis, ni quelle saison habiter. Le printemps a bien hiberné, l’été s’en est très vite allé, l’automne s’est esquivé. Et si l’hiver printonnait ? L’écrire, le dessiner pourrait le rhabiller. Inventer nos Afriques à faire se croiser nos plumes et chantonner nos voix.
Je vous écris depuis Arles d’où tout part et cheminent les pas pour mieux sonner et résonner, un fil de soi qui cherche mille voies. Ecrire à l’unisson.
Depuis, je vous écris.

Ibticem Mostfa
12 novembre 2020

Nathalie M’Dela-Mounier

Je vous écris depuis… ailleurs.

Je vous écris d’Ici, du Mali, de Martinique, de Bretagne et d’Allemagne. Je vous écris de tous les lieux du Festival, – Arles, Tarascon, Tunis, Grand-Bassam, Bamako, Vallée du fleuve Sénégal.
Je vous écris de lieux où « Temps-Longtemps », « Temps-Maintenant » et « Temps-Demain » marchent main dans la main.

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Je vous écris de La-bas, car nul ne peut nous assigner à résidence ! Par les mots échangés, on peut abolir les frontières visibles et invisibles, mentales, létales en tissant les liens qui relient nos corps empêchés.
Ne pas céder

Sur l’estran, différent à chaque marée, face à l’océan familier et cannibale, écrivons des paroles clandestines de sable et de pluie – mots-amours, mots-amis, mots-musique, mots-monde – que la mer viendra lécher, happer comme des bois flottés, que le vent portera vers les terres enclavées.
Réinventer

Nathalie M’Dela-Mounier
13 novembre 2020

Sylvain Du Pasquier

Je vous écris de…

Vous souvenez-vous du bruissement de la plume qui griffe le papier ? Un crissement proche du silence et voisin du vacarme.

Je vous écris au bord du chevalet qui s’élève solidement au plein milieu de mon violoncelle. Tout auprès, l’endroit ténu où l’archet peut chanter, gémir, grincer, frémir ou se taire. Je vous écris au bord de ce silence, si profond et si plein, qui ressemble au feulement de la plume sur le papier, au soupir des pages qui se tournent, au respir du lecteur captif.

Au bord du silence, les sons s’allongent, les mots s’entrelacent. Les musiques courent le long des rues. Quelque part quelqu’un chante, ailleurs un refrain bondit.

Le sombre ressac des exils s’épuise, dans le clair matin des rencontres. Partout les poètes re-disent que les hommes ont plus à partager qu’à piller.

Au bord du Rhône comme au bord des lagunes, des vies se taisent, des vies chuchotent, des mots hésitants bégaient, des voix grondent, des voix rugissent.

Alors j’ai besoin d’entendre avec vous. J’ai hâte d’écouter vos chants et de boire vos paroles. Nous allons ouvrir ensemble nos livres comme des cadeaux inattendus et nous allons lire ensemble le grand récit des mers qui nous séparent et des fleuves qui nous unissent.

Je vous écris au bord du silence.
Je sais que vous n’êtes jamais bien loin.

Sylvain Du Pasquier
19 novembre 2020

Mireille Loup

Je vous écris depuis Arles, ankylosée comme nombre d’entre nous, artistes auteurs. Mais déjà je rêve de nos lendemains, de notre humanité qui a su plusieurs fois rebondir, surprendre.

Mireille Loup
26 novembre 2020

©Mireille Loup Série Versus Dystopia 2020

Léa Capdevielle

Je vous écris depuis mon Pas-Que-Beau.

Je vous écris depuis cette mare d’existences qui divaguent
0ù chacun porte ses nageoires, ses silences et ses vagues.
Je suis portée par une rivière sacrée
Qui au flot de ses caresses
Nettoie l’humanité d’une source poétesse.

J’observe que la vie en elle s’écoule
Pendant que notre monde s’écroule.
Je navigue aveuglément guidée par le très-Haut
A bord de mon humble vaisseau,
Mon Pas-Que-Beau

Léa Capdevielle
30 novembre 2020
Instagram @douxeuphemismeen