Je vous écris depuis…

Comme beaucoup d’autres festivals, Paroles Indigo n’a pas pu avoir lieu cette année.
Aux premiers jours de novembre, nous nous sommes retrouvés orphelins, sans les auteurs, les artistes et les éditeurs qui depuis 7 ans nous rejoignent à Arles et Tarascon pour partager avec un public grandissant lectures, conférences, rencontres, spectacles, expositions, films, ateliers et grands repas partagés.
Le festival Paroles Indigo aurait dû avoir lieu au moment ou le second confinement a commencé et il nous a semblé important de maintenir, grâce à ces messages échangés, les liens qui se sont construits d’années en années et de partager ces textes avec les lecteurs pour que personne ne désespère de ce nouvel isolement et que chacun se souvienne de la force des mots.
Merci à tous les invités du festival qui accepteront de faire résonner à nouveau “D’autres façons de dire le monde” et de nous écrire… depuis…

Les textes italiens ont été traduits par Marguerite Pozzoli

Ibticem Mostfa

Je vous écris

Je vous écris depuis Amiens, mais aussi depuis Tunis où mes pieds n’ont pu se poser depuis deux saisons et demie. Je vous écris depuis mes deux maisons, celle d’ici et celle de l’autre côté, là où je suis née.

Je vous écris sans savoir où je suis, ni quelle saison habiter. Le printemps a bien hiberné, l’été s’en est très vite allé, l’automne s’est esquivé. Et si l’hiver printonnait ? L’écrire, le dessiner pourrait le rhabiller. Inventer nos Afriques à faire se croiser nos plumes et chantonner nos voix.
Je vous écris depuis Arles d’où tout part et cheminent les pas pour mieux sonner et résonner, un fil de soi qui cherche mille voies. Ecrire à l’unisson.
Depuis, je vous écris.

Ibticem Mostfa, 12 novembre 2020

Nathalie M’Dela-Mounier

Je vous écris depuis… ailleurs

Je vous écris depuis... ailleurs. Je vous écris d'Ici, du Mali, de Martinique, de Bretagne et d'Allemagne. Je vous écris de tous les lieux du Festival, - Arles, Tarascon, Tunis, Grand-Bassam, Bamako, Vallée du fleuve Sénégal.

Je vous écris de lieux où « Temps-Longtemps », « Temps-Maintenant » et « Temps-Demain » marchent main dans la main.
Partager

Je vous écris de La-bas, car nul ne peut nous assigner à résidence ! Par les mots échangés, on peut abolir les frontières visibles et invisibles, mentales, létales en tissant les liens qui relient nos corps empêchés.
Ne pas céder

Sur l’estran, différent à chaque marée, face à l’océan familier et cannibale, écrivons des paroles clandestines de sable et de pluie – mots-amours, mots-amis, mots-musique, mots-monde – que la mer viendra lécher, happer comme des bois flottés, que le vent portera vers les terres enclavées.
Réinventer

Nathalie M’Dela-Mounier
13 novembre 2020

Sylvain Du Pasquier

Je vous écris de…

Vous souvenez-vous du bruissement de la plume qui griffe le papier ? Un crissement proche du silence et voisin du vacarme.

Je vous écris au bord du chevalet qui s’élève solidement au plein milieu de mon violoncelle. Tout auprès, l’endroit ténu où l’archet peut chanter, gémir, grincer, frémir ou se taire. Je vous écris au bord de ce silence, si profond et si plein, qui ressemble au feulement de la plume sur le papier, au soupir des pages qui se tournent, au respir du lecteur captif.

Au bord du silence, les sons s’allongent, les mots s’entrelacent. Les musiques courent le long des rues. Quelque part quelqu’un chante, ailleurs un refrain bondit.

Le sombre ressac des exils s’épuise, dans le clair matin des rencontres. Partout les poètes re-disent que les hommes ont plus à partager qu’à piller.

Au bord du Rhône comme au bord des lagunes, des vies se taisent, des vies chuchotent, des mots hésitants bégaient, des voix grondent, des voix rugissent.

Alors j’ai besoin d’entendre avec vous. J’ai hâte d’écouter vos chants et de boire vos paroles. Nous allons ouvrir ensemble nos livres comme des cadeaux inattendus et nous allons lire ensemble le grand récit des mers qui nous séparent et des fleuves qui nous unissent.

Je vous écris au bord du silence.
Je sais que vous n’êtes jamais bien loin.

Sylvain Du Pasquier
19 novembre 2020

Mireille Loup

Je vous écris depuis Arles

Je vous écris depuis Arles, ankylosée comme nombre d'entre nous, artistes auteurs. Mais déjà je rêve de nos lendemains, de notre humanité qui a su plusieurs fois rebondir, surprendre.

Mireille Loup
26 novembre 2020

Léa Capdevielle

Je vous écris depuis mon Pas-Que-Beau

Je vous écris depuis mon Pas-Que-Beau. Je vous écris depuis cette mare d’existences qui divaguent

0ù chacun porte ses nageoires, ses silences et ses vagues.
Je suis portée par une rivière sacrée
Qui au flot de ses caresses
Nettoie l’humanité d’une source poétesse.

J’observe que la vie en elle s’écoule
Pendant que notre monde s’écroule.
Je navigue aveuglément guidée par le très-Haut
A bord de mon humble vaisseau,
Mon Pas-Que-Beau

Léa Capdevielle
30 novembre 2020
Instagram @douxeuphemismeen

Ahmed Bah

Je vous écris depuis… le passé

Je vous écris depuis... le passé Dans la cité des papes Je vous écris avec Jean, Ville-art

Ma plume traverse le Rhône
Un pont, celui d’Avignon
J’esquisse une danse avec ma plume
Poétique, théâtrale et
soro-solonienne
Sous le charme de la voix berceuse
Du mistral
mistral gagnant je vous offre une mauresque,
Je chante avec Renaud et je pense à Marcel
Bois pas Pas la gnole – mon Pagnol
Non de Seine, des bouches du Rhône je suis Marius-César

Je vous écris avec le chant des cigales
Le mistral me porte vers mon enfance lointaine
Harmattan
Il me porte vers un ciel bleu, indigo
bleu ciel, indigo, ciel du Sud
Indigo, ciel bleu, chaleur d’Arles
Soleil de Conakry, harmattan enchanteur, harmattan chantant
Des bords du Milo , Mory Kanté
de Bodié – Kandia Kouyaté
Ciel bleu, océan – atlantique
Paroles indigo, Afrique des grands lacs
Couvert d’un bleu, indigo – Lac Tchad
Du léppi – bleu peulh – Massif du Fouta
Je vous écris de Provence,
D’Afrique et d’ailleurs

Ahmed Bah
30 novembre 2020

Chandra Diallo

@ Patrick Searle La Grande Vitrine

Je vous écris depuis mon cœur hors du confinement

Je vous écris depuis mon cœur hors du confinement. Je m’y rends sans masque, nue, pure et confiante.

A l’aise, jamais à l’étroit, je marche depuis mon coeur.
Libre et souveraine, je traverse les frontières.
Je vais dans les infinis grands et petits.
Qui donc pourrait m’arrêter quand je marche depuis mon cœur, à la rencontre de mes frères et soeurs d’au-delà les soleils, là où ne suis plus jamais orpheline ?
J’y contemple la Vérité éclairée par le Jour, mon tendre Bien-aimé.
Depuis mon cœur où je t’écris, conduite par le Grand Rêveur, au Cœur du grand rêve où je suis rêvée, je marche vers le grand Voleur, celui qui me l’a dérobé.

Viens, danser danser danser dans mon cœur…

(Chanson : viens danser dans mon cœur)

Chandra Diallo
7 Décembre 2020

Michelle Tanon Lora

Je vous écris depuis mon coeur

Je vous écris depuis mon coeur, pour écouter les battements des vôtres. Je vous écris depuis la nuit, pour attendre les premières lueurs de l'aube

Je vous écris depuis les mots pour apprivoiser les maux
Je vous écris depuis lundi pour rallier dimanche et recommencer
Je vous écris depuis mes jambes pour continuer de marcher en chantant
Je vous écris depuis des heures pour pour arrêter le temps qui s’enfuit
Je vous écris depuis ma plume pour vous décrire mon univers
Je vous écris depuis mes peurs pour retrouver le sourire
Je vous écris depuis une terre aride en attendant qu’elle reverdisse
Je vous écris depuis midi pour accoucher le soir… Je vous écris depuis tellement d’endroits que toute une vie ne suffirait pas à tous les décrire… je vous écris… depuis moi.

Michelle Tanon Lora
12 décembre 2020

Christian J. Yankey

Je vous écris depuis… mon cœur

Je vous écris depuis... mon cœur. De ce cœur, je vous écris depuis ma ville natale, Grand-Bassam, où j'ai eu le privilège, inoubliable depuis, de participer à mon premier Festival Paroles Indigo.

De ce cœur aussi et enfin, je vous écris depuis une des lointaines galaxies que j’y ai forgées pour m’évader et échapper, de temps à autre, au “confinement” de cette planète bleue qui nous étreint littéralement et littérairement.
Je vous écris depuis mon cœur avec toutes mes amitiés.

Christian J. Yankey
12/12/2020

Jean-Yves Loude

©G. Gatoré

Je vous écris depuis Kouroussa-Guinée*

Moi Salif Koné, dit Vendredi 13, je suis tombé du ventre de ma mère d'un coup, en un éclair qui a déchiré son ventre.

Ma mère a écarquillé les yeux, gros comme deux noix de cola, puis elle est tombée sur les fesses. Elle a manqué de m’écraser de stupeur. J’ai crié pour respecter la tradition. Au village, les vieux, occupés à user les racines du manguier avec le fond de leur boubou, ont regardé le ciel et, n’apercevant aucun nuage, ont conclu qu’il y avait du grabuge chez les vautours ou un scandale conjugal chez les génies. Ma mère ne m’attendait pas si tôt. Les cauris tirés par un féticheur qui avait plus de cent ans lui avaient prédit le terme le plus favorable. Raté ! Le devin s’est trompé, mais il n’y est pour rien. Comprenez : il rôdait entre les cases une senteur de poulet yassa qui me picotait les sens. Rendez-vous compte : j’avais déjà passé huit mois dans le ventre d’une cuisinière réputée de Kinshasa à Conakry, une fée des sauces qui attire dans son restaurant clandestin tous les hommes de passage : les rois de la piste, les vestons fonctionnaires, les messieurs chasseurs, les colporteurs de sous-vêtements, les portes képis, les porcs épics, les ivrognes diplômés. Huit mois à humer les ragoûts de pangolin à travers la fine étoffe du ventre gonflé de ma mère, cela donne des envies de se mettre à table, ou plutôt de se jeter dans la calebasse. Je suis tombé par terre, mais ma chute a été amortie par un tapis d’épluchures d’oignons. Je crois que c’est ça qui m’a fait pleurer si fort. Aussitôt, la nouvelle de ma naissance s’est répandue dans le village comme une traînée de criquets qui s’abat sur un champ de sorgho. On a sorti le tambour des occasions phénoménales. C’est le vieux Cissé, respecté pour ses ancêtres marabouts, qui le premier a exigé que je sois doté d’un nom. Tout de suite. Sans attendre qu’un singe rote ou qu’un génie jaloux ne réagisse et débarque sans y être invité pour se régaler de ma chair avantageuse de nouveau-né, avec un appétit décuplé par la jalousie. Oui, il fallait par un nom me fixer sur cette terre de mil et de mangues, m’inscrire parmi les fils du fleuve, me soumettre à la bienveillance du baobab. Ma mère parcourut le calendrier que la Brasserie nationale des bières et boissons gazeuses lui avait offert à l’occasion de la commande de son millième cageot de 33 Export, la bière qui vous assomme deux fois, en la buvant et en la payant. Elle cherchait désespérément un saint poli et respectable, un de ses grands moines blancs portant l’enfant Jésus, ou un de ces apôtres à barbe et robe de laine épaisse. Ses yeux ne devaient pas être encore revenus des vastes terres de la surprise. Encore dilatés par la fierté d’avoir reçu un fils à l’heure bénie du poulet au gingembre, ses yeux ne virent qu’une date : vendredi 13, et ma mère lança son choix à l’assemblée ébahie comme on annonce un plat du jour, unique et indiscutable. Ça sera Vendredi 13. Ce sale mioche, laid comme une calebasse cabossée, puant comme un phacochère cadavré, s’appellera Vendredi 13. C’est pas vrai : je n’étais ni moche ni odorant. Ma mère, comme toutes les femmes qui habitent en dessous de la ceinture méditerranéenne, conjura le mauvais sort en couvrant ma nudité vulnérable d’un pagne de qualificatifs obscènes, pour dissuader les esprits mauvais de m’enlever. Peut-on s’intéresser à un déchet d’enfant encore gluant ? Ma mère murmura : Celui-là sera ma revanche, mon palmier triomphant, un buffle d’énergie, le parasol de ma vieillesse. Celui-là sera ma chance.

Jean-Yves Loude
* village natal de Camara Laye, auteur de « L’Enfant Noir »
12/12/2020

Mahmoud Soumaré

Je vous écris depuis Abidjan

Version sonore lue par Sylvain Du Pasquier, Idrissa Diagne et Marius Du Pasquier

Je vous écris depuis Abidjan, assis au bord de ce qui reste du Ravin après la grande pluie.

Mais ce fut à Arles, en 2018, lors d’une résidence d’écriture organisée par Paroles Indigo, que naquirent dans mon esprit ces premières phrases, que je comptais lire, cette année 2020, devant le beau monde du Festival de novembre :
En ce début de crépuscule chaud et humide de mois de mars, après avoir fait asseoir la visiteuse à côté de lui dans un sec fauteuil en rotin, et pris sa main comme il le faisait avec ses invités lorsqu’il souhaitait entamer un long et beau voyage, le patriarche commença :

« C’est en 1957 que j’ai quitté ceux que j’appelais abusivement les miens. Sur les routes et sur les sentiers battus, une voix me soufflait toujours à l’oreille : Le Paradis, c’est un peu plus loin. Je suis arrivé ici, à cette place, dans ce ravin, en 1959. L’Indépendance arriva une année après, en 1960, et se répandit comme un engrais, comme un pesticide tout autour du ravin, sur tout l’Empire Extérieur. Un engrais qui fit pousser des immeubles partout et un pesticide qui fit disparaître la race des hommes de bien, les semblables d’Amadou Hampâté Bâ, celui qui disait : “Si vous voulez faire une œuvre durable, soyez patients, soyez bons, soyez vivables, soyez humains.” Le pesticide ne put atteindre la fibre des médiocres, de ceux qui avaient extrait la morale et la compassion de leurs cœurs pour en faire des carapaces. »

Je savais que les festivaliers, quelques heures plus tard, migraient d’Arles à Tarascon pour apprécier ailleurs, autrement, le souffle et la saveur des textes. Et c’est dans l’atmosphère feutrée du château ou d’une librairie de Tarascon que je voulais leur livrer ce dernier paragraphe :

« Devant tant de manques et de souffrances, et face à l’imminence de la fin, comment dire aux jumelles, se demanda Baba Mathus, qu’il lui était si paisible, si doux de les entendre réciter magistralement, telle une prière, l’hymne au départ pour la seule vraie patrie de l’homme. Mais les jumelles, elles, en ce moment fatidique, songeaient à une rafale de vent qui viendrait balayer le sinistre nuage d’orage et pousserait leur fin à plus tard, le temps de voir naître puis marcher l’enfant de Chem et de Madame Jeannette, le petit qui leur tiendrait compagnie dans le confinement perpétuel qu’était la vie dans le Ravin. »

J’écris d’ici.
Et de partout pour rappeler à certains et pour faire savoir à d’autres qu’il est des peuples confinés sur la Terre des hommes. Des peuples confinés avant le Covid, et qui le seront bien après, peut-être même pour toujours.

Mahmoud Soumaré
Abidjan, décembre 2020

Agnès Orosco

Je vous écris du canapé sous la fenêtre

Je vous écris du canapé sous la fenêtre, où ma vie se rencogne depuis le début des temps cloîtrés.

Je vous écris de la maison de ma mère, à l’orée de la forêt.
Je vous écris de l’an nouveau.

Les fruits de l’hiver sont éclatants sur les rameaux nus,
malgré la grisaille et le chaos des branches et des lianes.

Puisse la 21ème année du siècle 21 se révéler, contre toute attente, féconde, ensoleillée, résistante aux sinistroses. Une année pour croquer la vie à pleines dents, la savourer comme « une pomme sûre ».
Une année de gestes d’affection et d’accolades, une année de traits-d’union et non de barres obliques, de visages et de portes ouverts, une année de proximité sociale, de fraternité, d’entraide.
Une année pour garder la tête froide et le cœur chaleureux. Une année inventive et rieuse. Une année de l’ « inessentiel », de l’amour et de l’amitié, de l’art, de la création, des musées, des théâtres, des cinés, des restaus et des cafés. Une année de forêts, de plages, de rivières, de villes – pas d’entrepôts. Une année de la beauté, du plaisir, du désir. Une année pour aller de l’avant.

Une année sans l’une ni l’autre morgue (éteignez la télé !),
Une année sans peur, sinon sans reproches,
Une année sans croupir, une année sans képis,
Une année bas-les-masques,
Une année de banquettes et de banquets,
Une année de divans où l’on divague,

Une année ‘de concert’, de concorde, en chœur et en accord,
Une année de livres, une année ivre, une année libre…

…. Rêvons un peu
Inventons beaucoup
Aimons passionnément
Rions à la folie
Bonne et heureuse année 2021, bonne santé,
et bouffons le covid en ses métamorphoses……

Agnès Orosco
9 janvier 2021

Soro Solo

Je vous écris depuis…

Je vous écris depuis Paris, de la Rues des Prairies… Accueilli ici par la famille de mon ami français qu’on appellera Vally.

C’est ma famille à Pokaha qui l’a rebaptisé en l’affublant de ce nom tropical car c’était toute une gymnastique pour mes parents de prononcer son prénom ‘’blanc’’ à connotation russe…

Notre premier contact lui et moi, date de 2001 à la faveur de l’un de ses reportages à Abidjan…

Premier rendez-vous à la brasserie ‘’Espace Grill’’ au cœur du quartier des affaires, en face du Centre Culturel Français (aujourd’hui, Institut Français).

Au bout d’une heure de conversation, coup de foudre… Stop ! Qu’on ne s’y méprenne pas…

Nous sommes hétéros tous les deux.

Pour lui et moi, le destin a décidé de couler dans le marbre, cette rencontre fort sympathique, graine d’une amitié semée dans les dédales de Yopougon, de Cocody, d’Abidjan Plateau, dans les rues sablonneuses du Festival des Arts de la Rue, au quartier France de Grand-Bassam…

Contraint de partir de chez moi en 2003, je retrouve Vally à Paris qui m’accueille dans sa famille sise rue des Prairies…

La maison familiale de la Rue des Prairies, c’est la MAISON du BONHEUR.

C’est désormais ma deuxième famille après celle de mes géniteurs des savanes du nord de la Côte d’Ivoire…

D’ici, notre rêve de faire de la radio ensemble, devient réalité.

Ensemble, de longues années durant, nous parcourons le continent africain et les Amériques pour conter et raconter les Afriques…

Cette histoire personnelle me renvoie à Arles, où, au festival Paroles Indigo, Alexandre Oho Bambe rencontre Ibrahima, jeune migrant guinéen qui rêvait devenir écrivain…

Leurs échanges inspireront en grande partie la dernière œuvre du Capitaine Alexandre, ‘’LES LUMIERES d’OUJDA’’ que j’ai bu goulument…

L’œuvre est – à mon sens – juste une leçon de vie, d’amour, de sacerdoce, d’humanisme…

Malgré la violence de nos sociétés, il existe des hommes et des femmes qui se préoccupent de l’humain…

L’histoire du héros des LUMIERES D’OUJDA brille à mes yeux comme une lanterne qui pourrait nous guider dans l’épais brouillard de notre civilisation matérialiste, égoïste…

D’une rencontre à priori éphémère, naît une grande HISTOIRE…

SORO SOLO
Le 19 Janvier 2021

René Corona

Je vous écris du fin fond de l’Italie

je vous écris du fin fond de l’Italie, de la pointe de la botte en Calabre

sous un ciel gris épais devant la mer
et de l’autre côté l’Etna enneigé
comme un Fuji-Yama
et tout au fond là-bas Syracuse
dans ce paysage chanson
qui n’est plus très en forme

je marche sur une terre bourbeuse
et sous mes pas les semelles se remplissent
de terre mouillée désenchantée
sédimentations prosaïques infinies
qui deviendront peut-être poème
si du limon des vers naîtront
comme fleurs des champs

parfois je trébuche et je ramasse dans mes gamelles
les tâtonnements de cette lente démarche
des pas de mon esprit
malgré le froid malin du matin
parfois je bascule comme un soupir ivre
qui ne trouve plus son centre de gravité
dans un bistrot du centre ou de banlieue
comme un malade seul qui n’a plus le droit
en ces jours de mourir chez soi

c’est peut-être le poids des années
la nuit légère insomniaque
les notes ténues de l’aube
les premiers pas timides d’autrefois
les pas enfants de mon silence renouvelé
ou ceux des amants désunis
sur les pavés sableux d’une romance
citée il était une fois bien des fois
par cœur et qui a le droit de cité
de citer le nœud des mauvais jours
alourdis par le poids de mes pensées
sans guillemets

c’est ainsi qu’on tourne en rond
un pas devant l’autre comme avant
mais pas tout à fait
pas de trains à prendre pas d’avions
les fleurs ramassées pour la visite
improbable restent seules à se faner
alors tu déplaces les livres vers la fenêtre
pour mieux voir mieux saisir l’ensemble
ainsi dévoré englouti absorbé
par ce vieux paysage lacustre et rupestre
qui ne veut plus bouger ni s’en aller

dans quelques jours la fin de janvier
et la merla au long vol viendra
non pas la lupa la louve aux doux crocs
sirocco brumeux de l’été
mais la merle au bec glacial gelé
les trois derniers jours du mois chagrin
les plus froids de l’année
je vous écris du fin fond de l’Italie
mais je n’en suis plus tout à fait certain

vi scrivo dal fondo dell’Italia

vi scrivo dal fondo dell’Italia
dalla punta dello stivale in Calabria
sotto un cielo spesso e grigio davanti al mare
e dall’altra parte l’Etna innevato
come un Fuji-Yama
e laggiù distante Siracusa
in questo paesaggio canzone
che non è più in grande forma

cammino sulla terra fangosa
e sotto i miei passi le suole si riempiono
di terra bagnata disincantata
sedimentazioni prosaiche infinite
che forse diverranno poesia
se dal limo nasceranno versi
come fiori di campo

talvolta incespico e raccolgo nelle mie galosce
i tentennamenti di quell’incedere lento
dei passi della mia mente
malgrado il freddo maligno del mattino
talvolta sbando come un sospiro ebbro
che non sa più ritrovare il centro di gravità
in un bar del centro o periferico
come un ammalato solo che non ha più il diritto
in questi giorni di morire nella sua casa

forse è il peso degli anni
la notte leggera insonne
le note tenui dell’alba
i primi passi timidi di una volta
i passi fanciulli del mio rinnovato silenzio
i passi degli amanti disuniti
sul selciato sabbioso di una romanza
citata c’era una volta molte volte
a memoria e che ha diritto di essere
di citare il groviglio dei cattivi giorni
appesantiti dal peso dei miei pensieri
senza virgolette

è così che si gira in tondo
un passo davanti come prima
ma non del tutto
nessun treno da prendere né aereo
i fiori raccolti per la visita improbabile
rimangono da soli ad appassire
allora sposti i libri verso la finestra
per vedere meglio cogliere l’insieme
così divorato sommerso assorto
da questo vecchio paesaggio lacustre e rupestre
che non vuole più muoversi né andare via

tra qualche giorno la fine di gennaio
e la merla dal lungo volo verrà
non la lupa dalle zanne dolci
scirocco nebbioso estivo
ma la merla dal becco glaciale gelato
gli ultimi tre giorni del mese mesto
i più freddi dell’anno
vi scrivo dal fondo dell’Italia
ma non ne sono più del tutto certo

René Corona
20 janvier 2021

A notre chère Maria Gabriella Adamo, in memoriam

Mariano Sabatini

Vi scrivo da Roma

Vi scrivo da Roma, la città eterna che rischia di soccombere alla cronaca, dopo aver vinto la Storia.

Invasa, assediata, depredata, minacciata dal virus. Ma un sole strenuamente primaverile buca queste malinconiche giornate invernali che si allungano verso l’estate, con la gente attonita che si aggira mascherata e saccheggia come può e appena può i bar per un cappuccino o per l’aperitivo. Con gli appartamenti rigonfi di vita pulsante, le strade – soprattutto la sera, e verso la notte – tornano al deserto di un secolo o due fa. Io sogno di tornare a viaggiare, portare le parole delle mie storie in manifestazioni culturali come Paroles Indigo. Mi piacerebbe leggere l’incipit del mio romanzo, L’inganno dell’ippocastano, ai lettori francesi… <<Senza poter immaginare che sarebbe diventato il luogo del suo assassinio, Ascanio Restelli aveva deciso di acquistare quella grande casa, costruita sul finire dell’Ottocento, quando Roma non si stendeva molto oltre il Tevere. Voleva mettere la giusta distanza tra sé e la confusione del centro storico. >>.Continuiamo a sognare che potremo farlo presto. E intanto facciamoci consolare dalle parole, buttiamoci su di esse come su una nuvola soffice, guardando tutto dall’alto.

Je vous écris de Rome, la ville éternelle qui risque de succomber à la chronique après avoir vaincu l’Histoire. Envahie, assiégée, pillée, menacée par le virus. Mais un soleil ardemment printanier perce ces mélancoliques journées d’hiver qui s’allongent vers l’été, avec les gens qui déambulent, ahuris et masqués et qui mettent à sac, comme ils le peuvent et dès qu’ils peuvent, les bars, pour un cappuccino ou un apéritif. Avec les appartements pleins d’une vie palpitante, avec les rues – surtout le soir, et quand vient la nuit – qui retournent au désert d’il y a un ou deux siècles. Je rêve de voyager à nouveau, d’apporter les mots de mes histoires dans des manifestations culturelles comme Paroles Indigo. J’aimerais vous lire l’incipit de mon roman, L’imposture du marronnier : “Loin d’imaginer qu’elle deviendrait le lieu de son assassinat, Ascanio Restelli avait décidé d’acquérir cette grande maison construite vers la fin du XIXème siècle, quand Rome s’étendait à peine au-delà du Tibre. Il voulait mettre la bonne distance entre lui-même et le chaos du centre historique.” Continuons de rêver que nous pourrons le faire bientôt. Et en attendant, laissons-nous consoler par les mots, jetons-nous sur eux comme sur un nuage très doux, en regardant tout d’en haut.

Mariano Sabatini
21 janvier 2021

Claudio Piersanti

Vi scrivo dall’Infinito

Vi scrivo dalla sommità di una collina marchigiana, non lontana dalla collina natale di Giacomo Leopardi.

Per i turisti che vanno a visitare la casa natale del poeta è facile trovare la prospettiva di alcuni sguardi del giovane Giacomo. Quella laggiù è la siepe dell’infinito, dice il cartello. Che mostra, scolpiti, i versi di riferimento. “Sempre caro mi fu quest’ermo colle…” È una poesia che un tempo tutti gli studenti imparavano a memoria. Giusto, perché è la poesia scritta da un ragazzo. Ma il tema della poesia non è la collina, neppure la dolce linea ondulata del paesaggio che corre verso il mare. Non solo l’ermo colle (cioè collina solitaria), la figura stessa del poeta sbiadisce, scompare. “Ma sedendo e mirando, interminati \ spazi al di là da quella, e sovrumani \ silenzi, e profondissima quiete \ io nel pensier mi fingo, ove per poco \ il cor non si spaura… ”La contemplazione del paesaggio diventa meditazione metafisica. Certo, sono belle le colline che vedo dalle mie finestre, ma ancora più bello è il cielo tante volte dipinto da Raffaello (anche lui nato non lontano da qui, a Urbino), che continua oltre il sole e oltre le stelle. Al di là, appunto. Lo sguardo non segue i contorni del nostro presente, se ne va lontano, nell’infinito che contiene tutte le direzioni. In questa “immensità s’annega il pensier mio: \ e il naufragar m’è dolce in questo mare.” Pensare l’infinito è dolce ma non è facile, neppure per un matematico o per un filosofo. Soltanto la poesia riesce a parlarcene. Questo è il panorama che voglio condividere con voi in giorni così bui.

Je vous écris de l’Infini

Je vous écris du sommet d’une colline des Marches, non loin de la ville natale de Giacomo Leopardi. Pour les touristes qui visitent la maison où naquit le poète, il est aisé de trouver la perspective de certains regards du jeune Giacomo. Celle-là, là-bas est la haie de l’infini, dit le panneau qui affiche, sculptés, les vers de référence. “Toujours j’aimai cette hauteur déserte…” C’est un poème qu’autrefois, tous les élèves apprenaient par cœur. Normal, vu que c’est un adolescent qui l’a écrit. Mais le sujet du poème n’est pas la colline, ni même la douce ligne ondulée du paysage qui court vers la mer. Ce n’est pas seulement la “hauteur déserte” qui s’estompe, mais la figure même du poète qui disparaît. “Mais demeurant et contemplant j’invente/ Des espaces interminables au-delà, de surhumains/ Silences et une si profonde/ Tranquillité que pour un peu se troublerait/ Le cœur…” La contemplation du paysage devient méditation métaphysique. Certes, elles sont belles, les collines que je vois de ma fenêtre, mais encore plus beau est le ciel tant de fois peint par Raphaël (né lui aussi non loin d’ici, à Urbino) qui continue au-delà du soleil et des étoiles. Au-delà, justement. Le regard ne suit pas les contours de notre présent, il s’en va loin, dans l’infini qui contient toutes les directions. Dans “tant d’immensité ma pensée sombre/ Et m’abîmer m’est doux en cette mer.” Penser l’infini est doux, mais difficile, y compris pour un mathématicien ou un philosophe. Seule la poésie peut nous en parler. Voilà le paysage que je veux partager avec vous, en ces jours si sombres.

Claudio Piersanti
21 janvier 2021

Antonella Cilento

©Anna Toscano

Vi scrivo dal paese della notte

Vi scrivo dal paese della notte, dal bordo dell’orizzonte, dagli occhi del gabbiano, dalle ali della libellula.

Oggi c’è vento forte, le isole mettono le vele, i balconi sono zattere.
Da giorni si cammina ancorati per non volare via.
Salita l’acqua nel lago d’Averno: felici le folaghe, incinte le gatte.
Il mondo liquido porta via pietre e pensieri.
Non c’è notte più lunga di quella che accumula con arroganza errori: da dove siamo il giorno è falso, i popoli asserviti e complici, la ragione agitata come un osso, le bocche piene di normalità.
Vi scrivo, voi che sarete, i futuri.
Da qui si vede bene il da farsi: ripiantumare il mondo, far crescere foreste, respirare. Respirare molto.
Da qui non si partecipa alla confusione, si contempla.
Verso sera tutto è immerso, le nuvole verdi e rosa, il tramonto feroce.
Lontano piove.

Je vous écris du pays de la nuit, du bord de l’horizon, des yeux de la mouette, des ailes de la libellule.
Aujourd’hui le vent souffle fort, les îles mettent les voiles, les balcons sont des radeaux.
Le jour on marche ancrés pour ne pas s’envoler.
L’eau du lac d’Averne est montée : heureuses les foulques, enceintes les chattes.
Le monde liquide emporte pierres et pensées.
Il n’est nuit plus longue que celle qui accumule les erreurs avec arrogance : d’où nous sommes, le jour est mensonger, les peuples asservis et complices, la raison agitée comme un os, les bouches pleines de normalité.
Je vous écris à vous qui serez les futurs.
D’ici, on voit bien ce qu’il faut faire : replanter le monde, faire pousser des forêts, respirer. Surtout, respirer.
D’ici, on ne participe pas à la confusion, on contemple.
Vers le soir tout est immergé, les nuages verts et roses, le crépuscule féroce.
Au loin il pleut.

Antonella Cilento
Le 25 Janvier 2021

Chantal Mainguy

Je vous écris depuis l’exil

Version sonore lue par Chantal Mainguy

Je vous écris depuis l’exil

Qui nimbe de brume
Les souvenirs mutilés
Qui se délitent
Et s’amenuisent

Les voix s’effacent aussi
Comme les visages aimés
Aux contours estompés

Les lieux ne sont plus
Qui pourraient raviver
Même pour un court instant
Les chaleurs du passé

La distance
Consacre l’insolence
Du silence

Les échanges se sont tus
Et la mémoire se fige
Sur des instants
Encore vivants
Volés par mégarde
À l’oubli

Chantal Mainguy
Le 25 octobre 2020

Marta Morazzoni

Vi scrivo da un ricordo

Vi scrivo da un ricordo : la cima del Taigeto in una giornata di luglio

Da una parte riverbera Sparta, giù nella piana dell’Eurota, duemila metri sotto
la meta del nostro lungo, aspro cammino, dall’altra Kardamili in Messenia,
sulla riva del mare. A sud, le quattro dita del Peloponneso sono
evanescenti nelle foschia di una giornata senza vento. Vista dall’alto la
terra di Pelope si riappropria della sua mitica origine e io mi riapproprio
delle mie fantasie. Averla incontrata nella mitologia prima che nella realtà,
nelle imprese d’Ercole e nel rapimento di Elena argiva, nella suggestione
della liquida porta degli inferi che si apre a capo Tenaro, il suo dito più
lungo, l’ha resa un mondo inviolato dalla modernità, a dispetto di quanto la
modernità l’abbia comunque invasa. Passato il canale di Corinto, sono
entrata nel mito, non c’è nome che non lo evochi. E qui ora, dall’alto del
Taigeto, mute le voci della contemporaneità, non posso dubitare che
questa sia la terra di Menelao e di Nestore e di Agamennone.
Vi scrivo da un ricordo, mentre sono in casa, seduta al tavolo su cui si
allunga il mio vasto gatto, ha gli occhi azzurri che mi osservano severi, poi
cedono lentamente e si socchiudono alle carezze. Chissà che miti sta
inseguendo ?

Je vous écris depuis un souvenir : le sommet du Taygète, par une journée
de juillet. D’un côté, Sparte et sa lumière tremblante, en bas, dans la plaine
de l’Eurotas, deux mille mètres plus bas par rapport au but de notre longue
marche ; de l’autre, Kardamyli en Messénie, au bord de la mer. Au sud, les
quatre doigts du Péloponnèse, évanescents dans la brume d’un jour sans
vent. Vue d’en haut, la terre de Pélops se réapproprie son origine
mythique, et moi, je me réapproprie mes fantaisies. L’avoir rencontrée
dans la mythologie avant de le faire dans la réalité, à travers les exploits
d’Hercule et l’enlèvement d’Hélène de Troie, à travers la puissance
évocatrice de la liquide porte des enfers qui s’ouvre au cap Ténare, son
doigt le plus long, en a fait un monde inviolé par la modernité, même si
celle-ci l’a bel et bien envahie. Passé le canal de Corinthe, je suis entrée
dans le mythe, il n’est aucun nom qui ne l’évoque. Et maintenant, du haut
du Taygète, alors que les voix de la modernité se sont tues, je ne peux
douter que cette terre soit celle de Ménélas, de Nestor et d’Agamemnon.
Je vous écris depuis un souvenir alors que je suis chez moi, assise à mon
bureau sur lequel est allongé mon vaste chat. Ses yeux bleus m’observent,

sévères, avant de céder lentement et de se fermer à demi, sous les caresses.
Allez savoir quels mythes il est en train de poursuivre ?

Marta Morazzoni
Le 29 janvier 2021

Valentina Fortichiari

Vi scrivo dalla riva di un fiume

Vi scrivo dalla riva di un fiume dall’acqua increspata, che sta correndo verso il suo mare come a un appuntamento dei sensi.

Un fiume che evoca altri fiumi, altre storie.
Acque tempestose, per esempio, acque irruenti che divorano argini fragili, travolgono sponde indifese. Fu in un simile tumulto che Leonardo bambino, preso da incantamento, fermò lo sguardo sull’acqua “collerica” dell’Arno, e poteva esserne inghiottito se il nonno non lo avesse afferrato per un braccio mettendolo in salvo. Ebbe inizio da questo spavento il sogno suo di domare fiumi selvaggi e deviarli, impresa folle di un genio delle acque.
Acque peregrinanti di un Po ondivago. All’ombra di bianche betulle, Cesare Zavattini sedeva a dipingere, intingendo il pennello nel fiume del suo cuore. Mai imparò a nuotare, ma sapeva che i poeti camminano sull’acqua.
Nella regione di Tula, all’ombra di tigli frondosi intorno al fiume Voronka, e nelle sue acque, un giorno afoso di fine Ottocento erano andati a cercare frescura Cesare Lombroso e Lev Tolstoj, prima di conversare. Ma l’italiano annaspava, e forse sentiva già nella bocca sapore di ferro, di terra e sabbia, nelle narici odore acuto di mosto. Il vecchio scrittore, esperto nuotatore, prendendolo per i capelli lo salvò : poi lo rituffò nello stagno pacifico di Jasnaja Poljana. Segnò così a suo favore un vantaggio nella contesa, aperta fra loro, su questioni di genio e di follia, crimini e carceri e leggi. Non avrebbero mai trovato un accordo, ma la nuotata nel fiume segnò per sempre i loro ricordi.

Je vous écris depuis la rive d’un fleuve ondoyant, qui court vers la mer comme à un rendez-vous des sens. Un fleuve qui évoque d’autres fleuves, d’autres histoires.
Des eaux tumultueuses, par exemple, des eaux impétueuses qui dévorent des digues fragiles, emportent des berges sans défenses. Ce fut par un tumulte semblable que Leonard enfant, fasciné, fixa son regard sur les eaux “colériques” de l’Arno, et il eût pu en être englouti si son grand-père ne l’avait saisi par le bras, le mettant en lieu sûr. Cette frayeur fut à l’origine d’un de ses rêves : dompter des fleuves sauvages et les dévier, folle entreprise d’un génie des eaux.
Eaux pérégrinantes d’un Po vagabond. À l’ombre des bouleaux blancs, Cesare Zavattini s’asseyait pour peindre, trempant son pinceau dans le fleuve de son cœur. Jamais il n’apprit à nager, mais il savait que les poètes marchent sur l’eau.
Dans la région de Tula, à l’ombre des tilleuls luxuriants qui bordent la Voronka jusque dans ses eaux, un jour caniculaire de la fin du XIXème siècle, Cesare Lombroso et Lev Tolstoï étaient allés chercher la fraîcheur avant de bavarder. Mais l’Italien se débattait, et peut-être sentait-il déjà dans sa bouche un goût de fer, de terre et de sable, et dans ses narines une âcre odeur de moût. Le vieil écrivain, nageur expérimenté, le prit par les cheveux et le sauva ; puis il le replongea dans l’étang paisible de Iasnaïa Poliana. Il prit ainsi l’avantage dans la dispute qui les opposait, sur des questions de génie et folie, crimes, prisons et lois. Ils ne tomberaient jamais d’accord, mais cette nage dans la rivière marqua pour toujours leur mémoire.

Valentina Fortichiari
Le 29 janvier 2021

Laure Royan

Je vous écris depuis ma solitude

Je vous écris depuis ma solitude bruissante d’un monde qui fout le camp, englué dans une prophétie préfabriquée de fin des temps.

Je vous écris depuis mon silence hurlant à contre-courant d’une multitude emportée par les vents dominants, soufflant la peur et l’isolement.

Je vous écris depuis cet ailleurs où nos cœurs d’humains ont enfin retrouvé le chemin de lendemains libérés de diktats menteurs.

Je vous écris depuis ici, Arles, Bombay, Pékin ou Bamako, rêvant d’un espace-temps où j’aurai trouvé la clé des champs.

Je vous écris depuis ici, Arles, Bombay, Pékin ou Bamako, rêvant d’un espace-temps où l’humanité aura retrouvé la clé des champs.

Laure Royan
Février 2021